Jeudi 14 août 2008
Comment sauver l'université française, par Jacques Blamont
LE MONDE | 13.08.08 | 13h32  •  Mis à jour le 13.08.08 | 13h32

e classement de Shanghaï, qui fait désormais référence quels que soient ses défauts, vient de rétrograder encore une fois les universités françaises par rapport à leurs soeurs étrangères. Dans les cent premières, il n'en accepte plus que trois : Paris-VI (42e), Paris-XI (49e) et l'Ecole normale supérieure (73e).

 

Ayant servi dans deux d'entre elles (dix ans au laboratoire de physique de l'ENS et trente-neuf ans comme professeur à Paris-VI), et ayant été chercheur et professeur aux Etats-Unis (Cal Tech, 6e sur la liste), je crois pouvoir donner mon avis sur les raisons de cette situation.

Ni en ce qui concerne la recherche ni en ce qui concerne l'enseignement, nos universités ne sont à la hauteur des responsabilités qu'elles devraient assumer. Un classement reposant sur d'autres critères que ceux de Shanghaï fournirait un résultat similaire.

Une première raison est leur statut. Il faut féliciter Valérie Pécresse, soutenue par le premier ministre et le président de la République, de leur avoir donné l'autonomie indispensable à leur fonctionnement. C'est un premier pas dont tout découlera, mais il faut se garder de le juger décisif.

La deuxième raison de notre faiblesse est le trop maigre financement. La France est le pays d'Europe qui consacre le moins de moyens à son enseignement supérieur. Je veux introduire dans le dossier l'exemple typique de l'université du Michigan, 21e dans le classement de Shanghaï (18e des universités américaines), une excellente université d'Etat avec laquelle j'ai beaucoup travaillé. Son budget se découpe selon les provenances suivantes, en millions de dollars. Etat de Michigan : 320 ; frais de scolarité payés par les étudiants : 830 ; contrats : 900 ; revenus mobiliers : 150. Total : 2 200 millions de dollars (1 477 millions d'euros).

Par comparaison, une université française qui recevrait aussi de l'Etat 320 millions de dollars aurait comme autres ressources : frais de scolarité : 0 ; contrats : 0 ; revenus : 0. Ses ressources totales seraient donc sept fois inférieures à celles du Michigan. Les chiffres relatifs à d'autres universités américaines donneraient le même résultat. Attaquons les tabous en tirant les leçons de ces chiffres.

La première est qu'il est nécessaire de relever fortement les droits de scolarité payés par les étudiants. C'est la manière principale de résoudre le problème du financement, mais elle permettra aussi que des prestations correctes d'accueil, d'encadrement et de vie soient offertes aux étudiants en contrepartie. Il n'y a pas que l'enseignement : il y a tout le reste qui constitue la vie universitaire dans les bons campus et dont nos étudiants sont privés.

Une telle réforme doit être accompagnée par la création d'un grand nombre de bourses qui seraient attribuées selon le mérite, la situation pécuniaire et la priorité à donner aux filières, de façon à permettre aux étudiants nécessiteux de prendre l'ascenseur social. L'Etat, les régions et les entreprises abonderaient les bourses. La gestion des droits d'inscription et des bourses ressortirait à l'autonomie universitaire.

Une deuxième leçon à tirer de la pratique internationale est que l'université ne doit pas être asphyxiée par des gens qui n'y ont pas leur place. Une sélection à l'entrée s'impose, soit par une meilleure utilisation du baccalauréat (seuls seraient admis les titulaires d'une mention), soit par un examen complémentaire. Notre système d'admission universelle aboutit à la catastrophe des échecs en premier cycle, dont la réforme annoncée ne réussira pas sans sélection et création de structures d'accueil pour les bacheliers les moins doués pour les études supérieures. Là encore, l'autonomie universitaire doit être utilisée pour définir les modalités locales.

Une troisième leçon provient du volume des contrats. L'autonomie est certes le premier pas vers une insertion de l'université dans le tissu économique. Cependant, le défaut dont souffre la recherche et développement européenne est la faiblesse relative de la contribution des entreprises. Les entreprises américaines financent un volume de recherche et développement double de celui des entreprises européennes et japonaises combinées.

En France, les entreprises couvrent la moitié des dépenses internes de recherche, et aux Etats-Unis les deux tiers. L'université ne peut donc s'attendre à une manne. De ce point de vue, l'Etat fait chez nous son devoir, mais les entreprises doivent encore être convaincues. Les contrats ne pourront financer l'université si elle n'offre pas aux entreprises une image et des prestations transformées, avec des enseignants-chercheurs de haut niveau correctement rétribués, et surtout mobiles.

Tant que ces véritables réformes-là ne seront pas entrées dans les faits, notre système universitaire continuera sa descente dans les classements et son affaiblissement dans la réalité. Elles ne devraient pourtant se heurter qu'à des tigres de papier, bruyants il est vrai.


 

Jacques Blamont, membre de l'Académie des sciences
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3232,50-1083226,0.html

par These Few Presidents publié dans : Actualité globale de l'enseignement supérieur
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Jeudi 7 août 2008
Un an après, l’introuvable autonomie universitaire
Gilbert Béréziat ancien président de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI), délégué général de Paris Universitas.
QUOTIDIEN : mardi 5 août 2008

Quelques jours avant d’être arrêté, Marc Bloch appelait à une réforme radicale de l’enseignement supérieur en France. Considérant que la débâcle et la défaite devant les nazis résultaient avant tout de la faillite des élites, il réclamait une révolution universitaire et déclarait : «Elle n’ira pas sans déchirements. Il sera toujours difficile de persuader des maîtres que les méthodes qu’ils ont longuement et consciencieusement pratiquées n’étaient peut-être pas les meilleures ; à des hommes mûrs, que leurs enfants gagneront à être élevés autrement qu’eux-mêmes ne l’ont été ; aux anciens élèves de grandes écoles, que ces établissements parés de tous les prestiges du souvenir et de la camaraderie doivent être supprimés. Là, comme ailleurs, cependant, l’avenir, n’en doutons pas, appartiendra aux hardis ; et pour tous les hommes qui ont charge de l’enseignement, le pire danger résiderait dans une molle complaisance envers les institutions dont ils se sont fait peu à peu une commode demeure.» Mais de réformes, à la Libération, il n’y en eut point et la «noblesse d’Etat» continua à renforcer sa mainmise sur la haute administration et la gestion de l’économie, qu’elle soit publique ou privée. Près de soixante années plus tard, la réforme qu’appelait de ses vœux Marc Bloch reste d’actualité.

Ignorant l’avertissement de Mai 1968, la massification de l’enseignement supérieur consacra de manière flagrante cette ségrégation à la française qui confine l’immense majorité des étudiants dans un système délabré et vieillot préservant la majorité des moyens pour le système des «écoles». Mais celles-ci se révèlent aujourd’hui inadaptées aux besoins d’une économie de la connaissance et de l’innovation devenue extrêmement mouvante. Derrière les déclarations péremptoires du président de la République et le volontarisme affiché de sa ministre, la même nomenklatura est à l’œuvre pour, à défaut de bloquer les réformes nécessaires, les rendre inopérantes rejoignant en cela des syndicalistes fatigués. Quand il aurait fallu d’urgence donner les moyens à la dizaine d’universités françaises ayant la capacité de devenir réellement autonomes (pour qu’elles puissent affronter avec quelques chances de succès une compétition qui d’ores et déjà fait rage), les technocrates peureux qui hantent nos ministères tergiversent. Alors qu’il fallait capitaliser en priorité ces universités avec du «cash», on confie à Bercy le soin de décider quelles universités et quelles entreprises bénéficieront des droits de tirage générés par le placement des trois à quatre milliards d’euros obtenus par la vente des actifs de l’Etat. Bref on recrée pour elles le système des assignats inventés par la Révolution française avec le succès que l’on sait. A l’usage, le plan campus risque fort de n’être que de la poudre aux yeux. Alors qu’il fallait laisser les universités organiser leur gouvernance de manière autonome pour tenir compte de leur structure et de leur histoire, on négocie avec la Conférence des présidents d’universités. A côté d’une nouvelle loi destinée à libérer les énergies, on maintient tous les dispositifs antérieurs qui permettent d’en limiter les effets. Là où il fallait laisser les universités libres de se donner les administrateurs de leur choix, on leur impose des conseils d’administration timorés. On maintient la tutelle de l’Etat par la survivance des Secrétaires généraux nommés par le ministre là où il aurait fallu recruter sous contrat des gestionnaires et des financiers compétents ayant obligation de résultats et des comptes à rendre devant les conseils d’administration.

Les patrons des grandes entreprises, à de très rares exceptions, font preuve de frilosité et hésitent à s’engager dans le redressement des universités françaises porteuses des potentialités de recherche et développement les plus avérées. Ils préfèrent s’en tenir aux contrats et conventions qu’ils négocient avec eux pour leurs besoins immédiats et limitent leurs largesses aux établissements dont ils sont pour la quasi-totalité issus.

A l’issue d’une première année de sarkozysme, dans un secteur où l’activité du Président avait suscité quelques espoirs, force est de constater que le bilan est plus que contrasté. La première université française a certes reçu plus qu’avant la visite des ministres, mais on hésite à lui conférer la dévolution foncière et immobilière pourtant prévue par la loi et même l’affectation de ses locaux. Elle est toujours empêtrée dans le chantier de Jussieu dont on lui refuse la maîtrise d’ouvrage alors que se profilent de nouveaux retards qui pourraient bien avoir quelques suites judiciaires. Le campus de la seconde université française poursuit sa lente paupérisation que l’on s’évertue à masquer en favorisant outrageusement le plateau de Saclay où l’on tente de regrouper à grands frais les maigres joyaux de la couronne contrôlés pour l’essentiel par les ministres de la Défense, de l’Agriculture et de l’Economie. Les partisans de l’égalitarisme par le bas sont à l’œuvre dans les deux assemblées de la République pour que la part de la performance soit le plus possible limitée dans l’attribution des moyens aux universités. On propose de mettre en place des dispositifs d’allocation des ressources qui, sous prétexte d’égalitarisme, vont niveler vers le bas les universités. Il faudrait, au contraire, comme les Allemands viennent de le faire, prendre en compte la vocation différente des unes et des autres.

Pour autant, doit-on perdre courage et revenir au train-train antérieur ? Je ne le pense pas. Partout le ferment de l’autonomie est à l’œuvre et la tutelle autoritaire et inefficace de l’Etat de moins en moins supportée. Les regroupements en cours dans les grandes villes françaises en sont l’indice le plus patent. Qui aurait dit il y a cinq ans que les grandes universités parisiennes s’engageraient dans des processus d’accrétion et que parfois cela se ferait contre l’avis de la haute administration ? Qui aurait dit que les grands établissements seraient alors dans l’obligation de se déterminer ? Les grandes écoles ne pourront pas longtemps poursuivre le processus d’endogamie qu’elles tentent de préserver aujourd’hui. Partout les signes du malaise s’amplifient. L’effet délétère sur l’équilibre psychologique des élèves et des étudiants du système des classes préparatoires et des dispositifs de sélection aux études de médecine ou de droit commence à être dénoncé ici et là. Courage donc à toutes et à tous. La lutte continue. Camarade Président, camarade ministre, encore un effort s’il vous plaît.



http://www.liberation.fr/rebonds/343065.FR.php
par These Few Presidents publié dans : Actualité globale de l'enseignement supérieur
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Jeudi 7 août 2008
Pauvres universités françaises !
LE MONDE | 06.08.08 | 13h37  •  Mis à jour le 06.08.08 | 13h37

'est une déconvenue pour les universités françaises. Le classement annuel des 503 meilleurs établissements d'enseignement supérieur du monde établi par l'université Jiao Tong de Shanghaï, en Chine, publié mardi 5 août - et dont elles contestent la validité -, les montre stagnantes, alors que l'édition 2007 avait révélé des progrès. Le bilan est en demi-teinte.

 

La France occupe, certes, la 7e place sur 37 pays, mais, dépassée par la Suède, elle en perd une par rapport au classement de 2007. 23 établissements français sont toujours présents dans le "top 500" et ils ne sont plus que 3 au lieu de 4 dans le "top 100".

La première université française, Paris-VI, n'est que 42e, perdant trois places au niveau mondial et une au niveau européen, en étant 7e. Paris-XI (49e) en gagne trois, mais reste 10e en Europe. En revanche, l'Ecole normale supérieure (73e) avance de dix places au niveau mondial et de quatre au niveau européen (22e).

Le "classement de Shanghaï" ne devrait pas être considéré comme un palmarès d'universités prises dans leur globalité, puisqu'il s'intéresse surtout à la recherche produite en leur sein.

Les indicateurs retenus sont essentiellement le nombre de prix Nobel et de médailles Fields (l'équivalent du Nobelpour les mathématiques) détenus par les chercheurs, et le nombre d'articles qu'ils publient dans des revues scientifiques. Ces critères favorisent les riches universités anglo-saxonnes.

Parmi les dix "meilleures" universités mondiales, huit sont américaines (dont la richissime Harvard, Stanford ou Berkeley) et deux britanniques (Cambridge et Oxford). Ces dernières s'imposent sans surprise en Europe, raflant cinq des dix premières places (contre deux pour la France).

"L'omniprésence de la recherche, la prédominance des publications anglophones, ainsi que l'absence de prise en compte des moyens financiers propres à chaque établissement ne permettent pas de juger au mieux la pertinence pédagogique et scientifique des universités françaises", a réagi la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), l'une des principales organisations étudiantes françaises.

En dépit des critiques, le classement de l'université chinoise s'est cependant imposé, depuis sa création en 2003, comme une référence internationale dans un contexte de compétition de plus en plus aiguë entre les universités du monde entier. Les responsables français en ont pris leur parti.

"Ces palmarès, déclare au Monde Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur, ne sont peut-être pas optimaux, mais ils existent. (...) Cela montre l'urgence des réformes de l'université."

Ce qui n'empêche pas, en attendant, de préparer un classement européen. Profitant de la présidence française de l'Union, la ministre française a proposé à ses homologues de travailler, dès septembre, sur "l'assurance-qualité des universités européennes".

Dès novembre, les ministres s'attelleront à "une forme de classement des établissements européens, mais plus qualitatif" que le palmarès de Shanghaï, dit-elle ; et il devrait être établi à partir d'une "batterie d'indicateurs".


Benoît Floc'h
Article paru dans l'édition du 07.08.08
par These Few Presidents
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Jeudi 7 août 2008
Pécresse veut dix universités
dans l'élite mondiale

INTERVIEW - Pour la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, la mauvaise place de la France dans le dernier classement de Shanghaï démontre la nécessité absolue de la réforme des universités.

LE FIGARO. - La France perd une place dans le classement de Shanghaï, en dépit des réformes engagées dans l'enseignement supérieur…

Valérie Pécresse. - Nous ne pouvons pas récolter les fruits des réformes immédiatement. Il y a un effet retard. La Suède, pays qui vient de nous doubler dans le classement, a entamé sa réforme universitaire il y a quelques années. L'Allemagne a lancé le programme «Initiative excellence» afin de faire émerger ses universités en 2005. C'est une bataille mondiale dans laquelle d'autres pays ont pris de l'avance sur nous. La Grande-Bretagne a ainsi vingt ans d'avance. Notre objectif est d'avoir dix universités françaises dans les cent premières de ce classement d'ici à 2012.


Les universités françaises - au nombre de 85 - sont émiettées et en souffrent. Notre politique de regroupement des pôles de recherche de l'enseignement supérieur devrait déjà donner des résultats dans le classement de Shanghaï en 2010.

LE FIGARO. - Ce classement est très critiqué et la Fage, deuxième fédération étudiante, déplore qu'il soit une référence absolue pour nombre de responsables politiques…

Valérie Pécresse. - Ce classement a des défauts mais il existe. Les chercheurs et les étudiants du monde entier le lisent attentivement. Nous devons le prendre en compte et faire en sorte de donner plus de visibilité aux universités françaises. Le principal défaut du classement de Shanghaï est d'être principalement axé sur la recherche et non sur la qualité de la formation, excellente en France. C'est pourquoi nous travaillons sur un classement européen des universités qui mette en valeur ce critère. C'est un des objectifs de la présidence française de l'Union européenne. Dès le mois de novembre, à Nice, nous nous mettrons d'accord sur les indicateurs à retenir. Par ailleurs, l'existence d'organismes de recherche et de grandes écoles n'apparaît pas dans le classement de Shanghaï.

LE FIGARO. - De quels maux souffrent les universités françaises ?

Valérie Pécresse. - Elles ont un déficit en matière de culture de recherche et d'insertion professionnelle, mais elles sont prêtes à se battre pour le rattraper. Elles veulent entrer dans la culture du résultat. Vingt universités sont prêtes à devenir autonomes début 2009, c'est très encourageant. Les pouvoirs publics aussi sont responsables. C'est pourquoi nous avons décidé d'augmenter le budget des universités de 50 % et de celui de la recherche de 40 % sur cinq ans. Mais il était impensable d'accorder ces crédits dans un système où les établissements n'étaient pas autonomes.

Propos recueillis par Agnès Leclair
par These Few Presidents
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Lundi 4 août 2008

Les étudiants sont de plus en plus nombreux à travailler
[ 31/07/08 ]

Selon l'Insee, 19,2 % des étudiants français travaillent, contre 12 % en 1990. La moitié de ces emplois ont désormais un rapport avec leurs études. Un jeune sur quatre travaille pendant l'été.

Pour la moitié des étudiants, le travail reste strictement mû par des besoins alimentaires.

Futurs professeurs en habits de coursier, jeunes économistes jouant les caissiers, scientifiques enrôlés comme serveurs dans les bars... jamais la palette d'emplois étudiants n'a été aussi large et jamais ces derniers n'ont été aussi nombreux à travailler. Selon une enquête de l'Insee (1), deux étudiants sur dix (19,2 %) travaillent pendant leurs études, soit près de 400.000 hommes et femmes dans l'Hexagone. Un chiffre en nette progression par rapport à 1990 (12 % de travailleurs), mais qui reste encore « limité » selon les experts, comparé notamment aux pays étrangers. Il est aussi bien en deçà des estimations habituelles de l'observatoire de la vie étudiante (OVE), qui table lui sur 50 à 70 % de jeunes travailleurs. L'écart tient surtout au mode de calcul : l'Insee mesure « le taux d'emploi », photographie de l'activité à un instant donné (2004-2006) ; l'OVE, qui interroge en sus les étudiants - modestes - des cités universitaires, prend en compte la moindre activité professionnelle (y compris non déclarée) effectuée l'année passée.

L'enquête Insee fournit, en revanche, des précisions méconnues sur la nature du travail étudiant. Ainsi, les jeunes sont de plus en plus nombreux à occuper un travail en lien avec leurs études (un sur deux). Avec la professionnalisation des études, la part des stages et de l'apprentissage (31 %) a plus que doublé depuis 1990. Avec quelques nuances : « L'apprentissage concerne essentiellement les métiers relevant des professions intermédiaires » (comptabilité, gestion, secrétariat...) alors que « la palette des professions exercées dans le cadre des stages est beaucoup plus large », relèvent les auteurs de l'étude, Elise Coudin et Chloé Tavan, citant le cas des médecins et surtout des enseignants. Les étudiants en sciences de l'éducation ont ainsi cinq fois plus de chances d'effectuer un stage que ceux en arts. A haut niveau de diplôme, certains cursus prévoient aussi explicitement une pré-insertion comme l'internat de médecine ou le doctorat.

Equation délicate

Pour la moitié des étudiants, et notamment les plus âgés, le travail reste cependant strictement mû par des besoins alimentaires, et n'enrichit guère le cursus : juristes et économistes sont nombreux à occuper des emplois sous-qualifiés de vendeurs ou d'employés administratifs. Près de 15 % des étudiants occupent aussi des emplois « concurrents » de leurs études (caissiers, surveillants, coursiers...), aux horaires « lourds » (travail de nuit...). Une contrainte à laquelle s'astreignent surtout les étudiants de sciences humaines, les élèves les plus âgés, mais aussi les plus modestes. Conjuguer emploi et réussite scolaire s'avère alors une équation délicate. Nul hasard, donc, si le gouvernement, désireux d'encourager le travail étudiant, a joué sur les deux tableaux. Après avoir étendu, l'été dernier, la défiscalisation du travail étudiant pour permettre le cumul avec les bourses (lire ci-contre), il a créé cet hiver des contrats spécifiques aux horaires plus compatibles avec les cursus universitaires. Un étudiant sur quatre n'y aura sans doute pas recours : il ne travaille que l'été. Sans surprise, c'est en effet au troisième trimestre que le travail étudiant connaît son plus fort essor, avec un taux d'emploi de 23,5 % contre 17 % en début d'année universitaire.

L. A

Deux mesures pour encourager le travail étudiant
La défiscalisation. Depuis la loi Tepa de l'an dernier, les élèves et étudiants qui auront au plus 25 ans au 1er janvier de l'année d'imposition voient leurs rémunérations exonérées d'impôt sur le revenu, dans la limite de trois fois le montant du SMIC mensuel, qu'ils soient rattachés ou non au foyer fiscal de leurs parents. Jusqu'à présent, la mesure était limitée à 21 ans et plafonnée à deux SMIC mensuels.
Les contrats étudiants. Depuis début janvier, les chefs d'établissement peuvent embaucher les étudiants en renfort pour des activités précises. Le contrat n'excède pas 670 heures pendant l'année, soit l'équivalent d'un mi-temps, et est rémunéré au SMIC.

De plus en plus d'étudiants ont une activité rémunérée

2 étudiants sur 10 travaillent


Les chiffres de l’Observatoire national de la Vie Étudiante sont flagrants : 75 % des étudiants exercent une activité rémunérée. Parmi eux, 29 % ne sont concernés que par des jobs estivaux. Néanmoins, restent 10 % dont la profession est intégrée aux études (stages conventionnés, notamment), 24 % ont un job, 13 % ont une activité qui concurrence les études (L’OVE se base sur un travail au moins à mi-temps, au moins six mois par ans pour qualifier un contrat de « concurrentiel ».). Ces travails sont effectués à 14,2 % par des catégories sociales populaires contre 11,7 % pour les enfants de cadres supérieurs.

Par ailleurs, au cœur de la fréquence de l’exercice pendant l’année universitaire pour les étudiants salariés, ils sont 25 % à travailler de manière concurrentielle aux études, 30 % « régulièrement mais moins longtemps », 27 % occasionnellement et 18,5 % à temps plein.

L’observatoire de l’ANPE, dans son annuaire statistique de 2008, relève quelques fluctuations selon les niveaux d’études. Les étudiants de niveau CAP/BEP sont ainsi les plus enclins à travailler, avec 42 %. A l’inverse, les niveaux inférieurs au CAP sont 11,5 %. Notons d’ailleurs, entre décembre 2003 et décembre 2007, une baisse de l’activité d’environ 5,7 % : ils étaient 820 000 en 2003 puis 650 000 en 2007.
Toutefois, par rapport à 1990, la hausse est plus que sensible : ils étaient 12 % de travailleurs contre 19,2 % aujourd’hui, selon l’INSEE cette fois.
Le travail étudiant reste dû aux besoins financiers et particulièrement alimentaires, ce que les chiffres comparant les activités des jeunes de milieux populaires et de milieux élevés démontrent.

Le gouvernement, de son côté, encourage ces activités par deux mesures : d’une part, la défiscalisation des revenus qui permet ainsi de les cumuler aux bourses ; d’autre part les contrats étudiants, qui permettent aux directeurs d’établissement d’embaucher des jeunes à condition que le contrat ne dépasse pas un mi-temps.
par These Few Presidents publié dans : Aides sociales étudiantes (bourses, logements, etc
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Mercredi 30 juillet 2008

Autonomie: audit de trente universités

Source : AFP
30/07/2008 | Mise à jour : 09:00 |
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Le ministère de l'Enseignement supérieur va soumettre à un audit trente universités d'ici le 30 juin 2009, en vue de leur accession à l'autonomie au 1er janvier 2010, a-t-on appris aujourd'hui auprès du ministère.

La ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse a arrêté le 23 juillet la liste des 20 premières universités qui accéderont à l'autonomie dès le 1er janvier 2009.

Les 30 universités qui feront l'objet d'un audit de l'Inspection Générale de l'Administration de l'Education Nationale et de la Recherche sont : Avignon, Belfort-Montbéliard, Besançon, Bordeaux 1, 2 et 4, Bretagne Ouest (Brest), Bretagne Sud (Lorient), Chambéry, Compiègne, Dijon, Dunkerque, Evry, Grenoble 1, Le Havre, Le Mans, Lille 2, Lyon 3, Metz, Montpellier 2, Paris 2, Paris 9, Pau, Perpignan, Poitiers, Rennes 1 et 2, Toulouse 3, Versailles-Saint-Quentin et Nancy 2.

Ces audits "font partie d'un ensemble de mesures destinées à accompagner les universités dans leur préparation à l'exercice des nouvelles compétences, définies par la loi du 10 août (2007) sur les libertés et responsabilités des universités", a expliqué le ministère dans un communiqué.

par These Few Presidents publié dans : Réformes universitaires et rapports
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Mercredi 30 juillet 2008

La Cité universitaire internationale, le retour au mécénat (2/3)

http://www.educpros.fr/detail-article/h/77f1719551/a/la-cite-universitaire-internationale-une-vieille-dame-toujours-jolie-23.html

Vieille dame toujours élégante, la Cité internationale universitaire n'avait plus vu la construction de nouvelles maisons dans son parc parisien depuis la fin des années 1960. Un programme de nouveaux logements et de nouveaux projets sont en préparation, en faisant revenir les mécènes. Reportage sur un patrimoine et projection dans le futur de la CIUP.

Retour vers le passé. Ambiance années 20. Imaginez Paris en noir et blanc, tout juste sortie de la première guerre mondiale. « Plus jamais ça », jure-t-on. On compte alors un tiers d’étudiants en moins par rapport à 1913. André Honnorat, ministre de l’Instruction publique (et l’inventeur de l’heure d’été), lance le projet de la Cité internationale universitaire de Paris avec deux objectifs : redonner à la France son rôle international dans l’enseignement supérieur (délabré) et réunir les élites du monde entier « dans un espace de sociabilité interculturelle » pour favoriser la paix. Aujourd’hui encore, la cité défend ces valeurs.

Balade sur cinq continents  

Entre 1925 et 1969, soit près d’un demi-siècle, 37 maisons sont construites boulevard Jourdan, dans le 14e arrondissement de Paris, grâce aux fonds fournis par de (généreux) banquiers, industriels, collectivités et autres gouvernements. Toutes évoquent l’architecture de leur pays d’origine – Japon, Grèce, Suède, Maroc… – ou le courant de l’époque. Des architectes renommés, comme Le Corbusier ou Claude Parent, participent à la création.

Résultat : se promener dans la cité revient à une balade architecturale à travers le 20e siècle et sur les cinq continents. La première résidence, la fondation Deutsch de la Meurthe, tient son nom du premier mécène de la Cité, un industriel alsacien à la tête des pétroles Jupiter (ex-Shell). Elle se compose d’un groupe de cottages disposés autour du jardin central. Un vrai petit Oxford, où aucune nationalité ne prédomine. La première résidence étrangère construite reste la maison des étudiants canadiens, de conception assez simple. Suit ensuite, notamment, la fondation Argentine, dont les arcades, l’auvent et l’entrée à colonnes rappellent les estancias de la pampa.  

Le retour aux mécènes 

Depuis 1969, aucune construction de maison n’a été entreprise sur le site Jourdan. Manque de terrains, manque de moyens. La fondation privée (reconnue d’utilité publique) qui gère la cité n’a pas assez de fonds propres pour financer les travaux. Les aides du ministère de l’Éducation nationale (6 millions d’euros par an), du conseil régional et de la ville de Paris ne suffisent pas. La seule rénovation de la maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est va coûter un million d’euros…

En 2008, la fondation a donc pris la décision de relancer le mécénat. Dans les années 20, plusieurs familles dont les Deutsch de la Meurthe, les Rockefeller, les Rothschild, les David-Weill, etc. avaient financé les constructions. « Aujourd’hui, il faut renouer avec leurs descendants et attirer de nouveaux investisseurs issus de la Net économie. Ce sont des actifs qui ont un parcours international et peuvent comprendre le but de la cité… On cherche ainsi 3 millions d’euros », confie Charline Corbel, une des responsables du lieu. A l’automne 2008, une société des amis de la CIUP sera créée dans ce but.  

La Russie devrait faire son entrée à la Cité  

D’ici 2015-2020, cinq nouvelles maisons devraient ainsi s’élever sur le site Jourdan, et non au-delà du boulevard périphérique, qui, érigé dans les années 60, a divisé la cité en deux. Résultat : la maison des élèves ingénieurs des Arts et métiers se retrouve de l’autre côté du périph’. Parmi les constructions prévues, celle de la Russie. Comme tout le bloc de l’Est, le pays n’était pas encore représenté. « On a arrêté de construire dans les années 60, en pleine guerre froide.

"La vision du monde n’était pas la même », explique Charline Corbel. Des maisons de la Corée, du Moyen-Orient, de l’Île-de-France, de la mobilité européenne seraient également dans les tuyaux. En 2008, la maison du Maroc va rouvrir à l’automne, celle de l’Asie du Sud-Est à la rentrée. « Avoir une maison, pour un État, c’est avoir une place à Paris. Cela permet d’envoyer des étudiants se former en France avant de les faire revenir au pays », analyse Charline Corbel.  

1000 nouveaux logements d’ici 2013  

De leur côté, les rénovations, amorcées à la fin des années 90, vont se poursuivre. Mille nouveaux logements sont prévus d’ici 2013. Aujourd’hui, les deux tiers des maisons sont rénovées. Environ six d’entre elles sont en travaux comme celle du Maroc ou de l’Asie du Sud-Est.

Parmi les plus belles réussites, figure la rénovation de la résidence André de Gouveia, ancienne maison des étudiants portugais inaugurée à la fin des années 60. Sa fermeture, pendant deux ans, a permis d’installer lavabo, toilettes et douche dans les 169 chambres, de prévoir une connexion wifi, de refaire les cuisines communes. Aujourd’hui, la résidence ressemble à un hôtel avec son papier peint baroque aux couleurs – aubergine, bordeaux, noir… – qui rappellent celles du Portugal, son hall et son mobilier design.

La cité offre ainsi du standing et du fonctionnel pour un loyer mensuel compris entre 350 et 450 € selon le statut du locataire (étudiant ou chercheur) et de l’état de rénovation de la maison. Dans la résidence André de Gouveia, il est également prévu de réaliser une salle culturelle ouverte au grand public. Mais les travaux sont en stand-by par manque de financements...   

Une fondation de droit privé
La Cité universitaire internationale de Paris est une fondation privée reconnue d’utilité publique qui appartient à la Chancellerie des universités de Paris. Il existe deux statuts juridiques de maisons : celles gérées par la fondation elle-même et administrée par son conseil d’administration et celles auto-gérées avec des conseils d’administration propres, souvent présidés par les représentants des membres fondateurs ou les ambassadeurs des pays, comme l’Italie. Chaque maison est dirigée par un directeur à temps partiel. Celui-ci est chargé de l’animation culturelle. Il est secondé par un responsable de la vie quotidienne et logistique et un responsable accueil-planning. Il s’agit souvent de professeurs, de chercheurs, de médecins.

par These Few Presidents publié dans : Aides sociales étudiantes (bourses, logements, etc
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Mercredi 30 juillet 2008
Badiou, les chiens, les rats, les taupes
daniel Franco philosophe.
QUOTIDIEN : mercredi 30 juillet 2008

«Tout antisarkozyste est-il un chien ?» écrit Alain Badiou dans le Monde, répondant à Pierre Assouline et à Bernard-Henri Lévy. qui, dit-il, auraient exagéré la portée des métaphores zoologiques dans son brûlot De quoi Sarkozy est-il le nom ?, où le philosophe qualifiait de «rats» les électeurs de Nicolas Sarkozy. Avec fermeté mais non sans amusement, Badiou reconnaît être un drôle d’animal lui-même, mais un animal noble épris de justice et d’universalisme, non un fasciste et encore moins un antisémite. Ah que cette époque est dure. Elle aurait élu pour porte-parole des monades prétentieuses, sans ouïes, qui, affirme-t-il, pratiquent la délation : «Les ennemis de toute politique autre que celle qu’ils nomment très à tort "démocratie", vu qu’elle est, de notoriété publique, le pouvoir d’une maigre oligarchie de dirigeants d’entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît : insinuer qu’il est antisémite. J’ai l’honneur d’être flanqué de vrais professionnels de cette insinuation.» Sauf erreur, Badiou affirme dans ces lignes que l’oligarchie régnante prospère sur la liquidation de ses adversaires, qu’elle assimile sans vergogne et sans raison à des antisémites.

On en conclura, en bonne logique, que s’attaquer à l’oligarchie revient toujours jusqu’à un certain point à s’attaquer aux juifs, bref, que derrière le très reconnu pouvoir des riches opère secrètement un règne des juifs. Badiou joue ici d’une insinuation, une insinuation qui tend à valider… les insinuations de Pierre Assouline et de Bernard-Henri Lévy.

Il y a à peine plus d’un an, Alain Badiou déclarait dans un entretien qu’«il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l’universel, devenir l’emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie antiarabe ou antiafricaine et des guerres américaines». Ce que Badiou déclinait alors au conditionnel et avec une empathie consternée et inquiète à l’endroit des juifs «multiplicité vivante», s’énonce aujourd’hui tout autrement, sur le mode d’une évidence fâcheuse.

Le scrupuleux «il serait terrible pour les juifs» est devenu sans scrupules «ils ont inventé un truc». Il faut dire les choses clairement. Dans un certain discours, le nom juif est associé de longue date au capitalisme, au racisme et à la conquête. On retrouve la concaténation, point par point mais en mode feutré, dans la formule désormais historique du Général de Gaulle : «peuple d’élites, sûr de lui-même et dominateur». Les amateurs de sources liront avec profit les Juifs, rois de l’époque d’Alphonse Toussenel ou le très diffusé Protocole des sages de Sion. Ce discours immuable et incessant, c’est précisément ce qui porte le nom d’antisémitisme. Si Alain Badiou veut bien se relire en toute impartialité, il verra qu’il n’y a dans cette analyse succincte nulle insinuation, mais la sobriété amère d’un constat.

Il faut aussi qu’Alain Badiou s’avise de certaines vérités du siècle passé, et qu’il s’efforce d’en tenir compte dans son langage. Dire qu’«il serait terrible pour les juifs» qu’on en vienne à tenir leur nom pour emblème de l’argent, du repli hautain et du complot, c’est omettre que de 1933 à 1945 ce nom a été tenu pour tel dans toute l’Europe et au-delà de l’Europe et qu’en effet, pour les juifs, cette époque fut la plus terrible.

Pour information enfin. Dans son roman Agrégation d’un nom et d’un messie, Isidore Isou comparait les antisémites à des taupes : «Du soleil, écrivait-il, ils n’ont d’autre connaissance qu’une douleur sur les yeux.» Une taupe : ni chien ni rat, chien et rat mêlés…

A moins qu’Alain Badiou daigne réentendre son vieux maître Platon, qui enjoignait le philosophe, au sortir de la caverne, à ouvrir les yeux dans la pleine lumière. Sortir de la caverne, c’est-à-dire quitter la taupinière et se maintenir - par-delà tout effet de signature - à la hauteur de la philosophie. Animal raisonnable, homme libre, le choix est devant lui : remonter à la lumière ou persister dans l’obscur.



http://www.liberation.fr/rebonds/342004.FR.php
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Mercredi 30 juillet 2008
Tout antisarkozyste est-il un chien ?, par Alain Badiou
LE MONDE | 24.07.08 | 11h24  •  Mis à jour le 24.07.08 | 12h07

es ennemis de toute politique autre que celle qu'ils nomment très à tort "démocratie", vu qu'elle est, de notoriété publique, le pouvoir d'une maigre oligarchie de dirigeants d'entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît : insinuer qu'il est antisémite. J'ai l'honneur d'être flanqué de vrais professionnels de cette insinuation.

 

S'agissant de mon avant-dernier livre, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, qui a plu à pas mal de monde, et qu'il fallait de ce fait même stigmatiser le plus vite possible, il était dur d'y trouver, même en mentant comme un arracheur de dents, de quoi alimenter le truc de l'antisémitisme. Pas la moindre allusion au mot "juif". Eh bien, les professionnels de la délation, les sycophantes, en ont trouvé quand même ! M. Assouline a remarqué, sur son blog, que je traitais de "rats" les socialistes entrés au gouvernement Sarkozy, et, par voie de conséquence, Sarkozy lui-même, d'"homme aux rats".

Quelqu'un de très modérément cultivé sait aussitôt que j'entrelace ici, non sans une subtilité rhétorique qui mériterait des éloges, la métaphore des rats qui quittent le navire, la légende du joueur de flûte qui entraîne les rats hors de la ville, et le cas, décrit par Freud, de "l'homme aux rats" comme exemple type de l'obsession. M. Assouline est-il cultivé ? Il sait en tout cas où il veut en venir. Depuis la dernière guerre et les nazis (suivez mon regard), proclame-t-il, personne n'a plus traité qui que ce soit de rat. Par ailleurs, il y a des juifs dans la généalogie de Sarkozy. Donc… Vous voyez ? Hein ? Vous voyez bien ?

Le plus drôle est que le chef de file des intellectuels médiatiques commis à la Restauration, Bernard-Henri Lévy, saute sur l'occasion, sans citer du reste sa source, M. Assouline. Citons, nous, BHL (dans Le Monde du 22 juillet) : "Dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Alain Badiou s'autorisait de sa juste lutte contre l' immonde pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ( les rats … l'homme aux rats ) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme."

Alors là ! Sartre ! Tout du long de l'essai fondamental Les Communistes et la paix, écrit au début des années 1950 (Les Temps modernes, 1952), il appelle "rats" les anticommunistes. Il le fait certainement avec d'autant plus de bonne humeur qu'il a été lui-même traité de "hyène dactylographe", non par les fascistes, mais par ses alliés communistes. Le même Sartre avait du reste prononcé la sentence fameuse : "Tout anticommuniste est un chien." Comme quoi, bien après la guerre, les animaux étaient mis à contribution de toutes parts… Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal ont fait l'éloge de Tony Blair. Utilisant une comparaison chinoise, je les ai appelés des "blaireaux de la même colline". Blair, blaireaux… Que les délateurs prennent note : j'ai ajouté aux "métaphores zoologiques" l'ignominie des jeux de mots sur les noms propres. Aucun respect de la personne humaine.

Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ? On ne peut pas toujours comparer les gens à des aigles, comme on l'a fait pour Bossuet, ni même à des bœufs, comme ce fut le cas pour le président du conseil Joseph Laniel, ou encore à des renards, comme c'était courant s'agissant de Mitterrand.

Et puis, mesdames, messieurs, un peu d'humour. A supposer que Ségolène Royal me fasse penser à une chèvre peinte et le premier ministre Fillon à une fouine endormie, ne croyez pas, quel que soit votre animal favori, qu'il faille grimper au plafond !


Alain Badiou est philosophe

par These Few Presidents publié dans : Au fil du net: matière à réflexion sur l'actualité
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Jeudi 24 juillet 2008
par These Few Presidents publié dans : Actualité globale de l'enseignement supérieur
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