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Ni en ce qui concerne la recherche ni en ce qui concerne l'enseignement, nos universités ne sont à la hauteur des responsabilités qu'elles devraient assumer. Un classement reposant sur d'autres critères que ceux de Shanghaï fournirait un résultat similaire.
Une première raison est leur statut. Il faut féliciter Valérie Pécresse, soutenue par le premier ministre et le président de la République, de leur avoir donné l'autonomie indispensable à leur fonctionnement. C'est un premier pas dont tout découlera, mais il faut se garder de le juger décisif.
La deuxième raison de notre faiblesse est le trop maigre financement. La France est le pays d'Europe qui consacre le moins de moyens à son enseignement supérieur. Je veux introduire dans le dossier l'exemple typique de l'université du Michigan, 21e dans le classement de Shanghaï (18e des universités américaines), une excellente université d'Etat avec laquelle j'ai beaucoup travaillé. Son budget se découpe selon les provenances suivantes, en millions de dollars. Etat de Michigan : 320 ; frais de scolarité payés par les étudiants : 830 ; contrats : 900 ; revenus mobiliers : 150. Total : 2 200 millions de dollars (1 477 millions d'euros).
Par comparaison, une université française qui recevrait aussi de l'Etat 320 millions de dollars aurait comme autres ressources : frais de scolarité : 0 ; contrats : 0 ; revenus : 0. Ses ressources totales seraient donc sept fois inférieures à celles du Michigan. Les chiffres relatifs à d'autres universités américaines donneraient le même résultat. Attaquons les tabous en tirant les leçons de ces chiffres.
La première est qu'il est nécessaire de relever fortement les droits de scolarité payés par les étudiants. C'est la manière principale de résoudre le problème du financement, mais elle permettra aussi que des prestations correctes d'accueil, d'encadrement et de vie soient offertes aux étudiants en contrepartie. Il n'y a pas que l'enseignement : il y a tout le reste qui constitue la vie universitaire dans les bons campus et dont nos étudiants sont privés.
Une telle réforme doit être accompagnée par la création d'un grand nombre de bourses qui seraient attribuées selon le mérite, la situation pécuniaire et la priorité à donner aux filières, de façon à permettre aux étudiants nécessiteux de prendre l'ascenseur social. L'Etat, les régions et les entreprises abonderaient les bourses. La gestion des droits d'inscription et des bourses ressortirait à l'autonomie universitaire.
Une deuxième leçon à tirer de la pratique internationale est que l'université ne doit pas être asphyxiée par des gens qui n'y ont pas leur place. Une sélection à l'entrée s'impose, soit par une meilleure utilisation du baccalauréat (seuls seraient admis les titulaires d'une mention), soit par un examen complémentaire. Notre système d'admission universelle aboutit à la catastrophe des échecs en premier cycle, dont la réforme annoncée ne réussira pas sans sélection et création de structures d'accueil pour les bacheliers les moins doués pour les études supérieures. Là encore, l'autonomie universitaire doit être utilisée pour définir les modalités locales.
Une troisième leçon provient du volume des contrats. L'autonomie est certes le premier pas vers une insertion de l'université dans le tissu économique. Cependant, le défaut dont souffre la recherche et développement européenne est la faiblesse relative de la contribution des entreprises. Les entreprises américaines financent un volume de recherche et développement double de celui des entreprises européennes et japonaises combinées.
En France, les entreprises couvrent la moitié des dépenses internes de recherche, et aux Etats-Unis les deux tiers. L'université ne peut donc s'attendre à une manne. De ce point de vue, l'Etat fait chez nous son devoir, mais les entreprises doivent encore être convaincues. Les contrats ne pourront financer l'université si elle n'offre pas aux entreprises une image et des prestations transformées, avec des enseignants-chercheurs de haut niveau correctement rétribués, et surtout mobiles.
Tant que ces véritables réformes-là ne seront pas entrées dans les faits, notre système universitaire continuera sa descente dans les classements et son affaiblissement dans la réalité. Elles ne devraient pourtant se heurter qu'à des tigres de papier, bruyants il est vrai.
Jacques Blamont, membre de l'Académie des sciences
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